Craig, le magicien bien-aimé...
Il aimait les cantates de Bach, il était un fidèle auditeur de celles données au temple du Foyer de l’âme le premier dimanche de chaque mois. Le 4 janvier dernier, Craig était dans le cœur de chacun quand Frédéric Rivoal, organiste du lieu et organisateur de la nouvelle saison, lui a dédié le concert du jour, construit autour du choral « Wie schön leuchtet der Morgenstern », rappelant sa « présence lumineuse » à chaque cantate comme auditeur, mais encore dans la main de bien des musiciens, ses archets et ceux de ses disciples étant devenus leurs préférés au fil des ans.
Comme l’étoile du matin, Craig n’a pas fini d’éclairer, de guider, d’inspirer toute la communauté de la viole de gambe qui, avec sa famille, lui rend aujourd’hui un hommage unanime.
Craig par Claire
Craig, né John Craig RYDER, est né le 28 février 1958 à Johannesburg, dans une Afrique du Sud en plein apartheid. Il était le quatrième enfant d’un couple aisé, le petit dernier, le baby brother choyé par ses deux sœurs et son frère, et ses parents bien sûr. Rien ne le destinait à devenir l’archetier baroque qui vient de nous quitter. Élève brillant, ses parents s’inquiétaient de son « manque d’ambition ». Cette « ambition », il l’a atteinte de la plus belle des façons, en respectant ses valeurs, la vie, ses proches, avec une indéfectible intégrité, tout d’abord en allant demander l’asile politique au Royaume-Uni pour fuir un régime qui le révulsait. Il a commencé, en arrivant en Angleterre à dix-huit ans, par garder des moutons, son exil interrompant ses études à l’université du Cap, et il a suivi des cours du soir en facture de luths au « London College of Furniture », pour ensuite s’y inscrire à plein temps dans l’atelier « early fretted » qui concernait les luths et les violes de gambe. C’est là que nous nous sommes connus, dans une ambiance flower power de la fin des années soixante-dix, où les punks, les financiers en costume rayé et les babas cool se côtoyaient dans les rues de Londres dans une exceptionnelle décontraction. Après ses trois ans au « LCF », Craig a travaillé pour Steven Gottlieb, facteur de luths à Londres, et a pris un atelier partagé avec Tom Neitzert, avant de venir me rejoindre à Paris où nous avons ouvert, en 1984, notre premier atelier au 28 rue Sedaine avec nos amis. Il y a travaillé vingt-cinq ans, avant de s’installer chez lui, avec toujours un pied rue Sedaine.
Contrairement au monde de la musique baroque au Royaume-Uni qui explosait, les luthistes en France étaient à l’époque aussi rares que l’eau dans le désert. Maintenant papa, il devait se reconvertir. De par les activités de notre groupe à l’atelier, et son expérience passée, l’archèterie pour les instruments anciens lui est venue comme une évidence, et il a pu se former rapidement. Il a montré par la suite un don exceptionnel pour la transmission d’un artisanat qu’il a su porter à son sommet, avec un plaisir toujours renouvelé de partager les connaissances, et d’avoir pu faire fleurir chez d’autres le même enthousiasme. Et cet enthousiasme était nourri par une admiration sans bornes pour les musiciens qu’il côtoyait, et sa passion pour la musique. Ses dons de père et sa tendresse pour nos trois enfants et six petits-enfants étaient les seules choses qui pouvaient les dépasser.
Sa délicatesse, sa générosité, son humour, sa modestie et son intelligence nous laissent riches de l’avoir connu, et infiniment tristes de son absence.
Craig par Olivier
« J’ai de la chance ». C’est ce que beaucoup de gens se disent, à juste titre, dans nos sociétés privilégiées. Mais j’ai eu bien plus de chance que ça, et ce dès ma plus tendre enfance, grâce à mes parents. Je me souviens enfant, de mes camarades de classe qui me regardaient avec envie quand papa venait me chercher à la sortie de l’école avec notre chien et un pain au chocolat; de la façon dont il m’a laissé une liberté quasi totale, adolescent, en me disant tout simplement qu’il me savait « intelligent » et qu’il me faisait confiance, que ce soit face à l’école, la drogue ou la violence. Et de voir tous les autres le vouloir comme père, quand je n’aurais échanger le mien contre rien au monde… J’avais, enfant, fait un marque-page pour la fête des pères, le décrivant comme un homme « calme, adroit et patient ». Je me souviens d’avoir été à l’époque extrêmement frustré car je trouvais que ces adjectifs ne lui rendaient pas justice et le faisaient passer pour un homme ennuyeux, ce qu’il n’a jamais été. Il a pourtant continué à l’utiliser, et je l’ai vu chez lui jusqu’à la fin de sa vie. Encore aujourd’hui, je sais que mon père était plus que ça. Je pense que je ne connaîtrai plus personne d’aussi profondément bon que lui.
J’ai cru, une fois adulte, avoir perdu en partie ce soutien quotidien car, comme tout bon parent, mon père m’avait laissé creuser mon propre sillon. Mais j’ai eu la chance de pouvoir apprendre son métier avec lui, une fois ma vie d’adulte déjà entamée. Il a été un mentor doux et rassurant, qui a su m’apprendre les gestes du métier avec précision tout en nourrissant une confiance en moi que je ne me connaissais pas. Je suis extrêmement fier du travail de mon père, et très heureux de pouvoir donner une suite à ce qui a défini quarante années de sa vie. Il a participé activement à faire de la communauté baroque un ensemble chaleureux et amical, et en le voyant accorder sa confiance aux clients (je ne l’ai jamais vu prendre un chèque de caution), je suis convaincu qu’il a également permis aux autres de se sentir respectés et valorisés.
Nous avons décidé avec mon frère et ma sœur, de planter un cormier là où les cendres de mon père seront enterrées. J’espère, dans mes vieux jours, pouvoir faire un archet à partir de cet arbre, que mon père puisse une fois de plus faire vibrer des instruments comme il l’a si bien fait de son vivant.
Témoignages des amis musiciens, luthiers et archetiers
Jean-Louis Charbonnier et Claire Giardelli, violiste et violoncelliste
(entretien du 18 janvier 2026)
Jean-Louis :
Comment ai-je rencontré Craig ? Eh bien, tout simplement : les musiciens ont besoin d’un médecin. Et le luthier, c’est un médecin. On a besoin de lui, d’être écouté et compris, et puis chez les luthiers, il y a une spécialité, l’archèterie. Je pense que les deux sont aussi importants. La viole de gambe, c’est trois siècles de musique. On ne peut jouer de la musique de la Renaissance et du Bach ou du Telemann sur le même instrument, cela ne marche pas. Sur trois siècles de musique, il faut donc avoir, je dirais, quatre ou cinq instruments. Tout le monde ne peut pas se les payer. En général, on a une viole à sept cordes parce qu’elle peut tout faire, mais ce n’est pas idéal. Donc, le minimum, c’est d’avoir, des archets adaptés ! Même si on n’a qu’un seul instrument, il faut au moins avoir trois, quatre archets…
Avec Craig, ce qui était génial, par exemple quand j’ai eu envie d’un archet style XVIIe, il me l’a fait ! Un autre jour, je lui ai dit : je voudrais un archet vraiment XVIe. On a regardé des gravures, réfléchi, puis je lui ai dessiné mon idée : il l’a réalisée. Il m’en a fait deux, avec des têtes très fines. Ils sont très, très beaux. Ce ne sont pas des archets baroques pour tenir les sons, faire des enflés, mais des archets rapides, nerveux. Suivant l’archet qu’on utilise, on va avoir des réactions différentes, des effets différents. Une fois, je cherchais un archet exactement comme celui que j’aime beaucoup, mais qui, par temps humide, ne réagissait pas bien. Il m’a dit : « Viens j’en ai plusieurs à te faire essayer : deux de stagiaires, de gens qui sont venus travailler avec moi ou bien d’amis ». Je suis allé dans son atelier, j’en ai essayé une dizaine et je suis tombé sur un archet qui ressemblait au sien, mais qui réagissait différemment. C’était un archet d’Alain Granieri… ce qui était important pour lui, c’était le confort du musicien. Il n’avait pas l’esprit de compétition, ni peur de la concurrence. Il était très ouvert.
Je dirais donc qu’il était un vrai médecin spécialiste pour les musiciens et un artiste parce qu’il savait écouter et faire des œuvres d’art. Tous les archets que j’ai de lui sont de grande qualité et de toute beauté. J’ai l’impression de l’avoir toujours connu… c’était un ami.
Claire :
Quand j‘ai connu Craig, je n’avais jamais eu vraiment de contact avec des archetiers, il s’agissait pour moi uniquement de l’entretien des mèches.
Au début de la redécouverte de la musique baroque, à la recherche des outils adaptés, les musiciens ont sollicité les archetiers pour faire des copies des archets originaux conservés dans les musées. Il se trouve que je possède un archet authentique du milieu du XVIIIe qui a attiré l’attention de nombreux musiciens et archetiers. À partir de là, Craig a pris les cotes de l’archet. Beaucoup d’archets d’ailleurs ont été copiés à partir de ce modèle. Craig en a fait plusieurs copies très belles, pas des copies au sens strict, plutôt des inspirations pour le bonheur de nombreux violoncellistes.
L’archet, cet outil pour exprimer notre musique, notre langage, notre discours, est un prolongement de nous-même ; Craig était extrêmement respectueux de nos choix. Son humanité, son ouverture, son humilité, on la ressentait dans tout ce qu’il disait, dans tout ce qu’il faisait.
Petite anecdote : la hausse de mon archet XVIIIe était un peu fragilisée par une légère fêlure et ne voulant pas risquer d’aggraver son état, j’avais fait faire une nouvelle hausse. Jean-Louis trouvait cela dommage ! j’ai donc demandé à Craig de la restaurer. La réparation est pratiquement invisible et l’équilibre de l’archet respecté. Merci Craig !
Un peu plus tard, je lui ai demandé de me faire un archet à hausse coincée, type XVIIe. Il en a fait plusieurs pour me permettre de choisir celui qui me conviendrait le mieux ; son écoute était précieuse, c’était un bel échange. De plus, cet archet a convenu parfaitement pour mon enregistrement de la Sixième suite de Bach [composée pour violoncelle piccolo]. Cet archet qui était un peu plus dense que mes autres archets, était impeccable parce qu’il répondait extrêmement vite avec une qualité de son qui me plaisait et était adapté à ma main et à mon jeu. Parce qu’effectivement, c’est très personnel, un archet. L’instrument est très important, l’archet aussi : c’est 50/ 50 !
Son atelier où je les ai rencontrés, Claire et lui , rue Sedaine, dans un quartier de Paris qui grouillait d’artisans, est unique en son genre, semblant être d’un autre temps ; un lieu partagé avec d’autres facteurs d’instruments tout aussi chaleureux.
Alain Granieri, luthier et archetier
(lettre à Craig, le 19 janvier 2026)
Mon cher Craig,
Je ne pensais pas t’écrire une lettre après ton départ vers les étoiles… C’est qu’autour de toi, on réclame des souvenirs, des anecdotes amusantes. Bigre, évidemment qu’il y en a pas mal, toutes rappelant un merveilleux souvenir à l’image de ta personnalité.
Je ne peux oublier notre première rencontre pendant le festival d’Asfeld en 2006, nous étions dimanche en fin de journée, tout le monde s’affairait à ranger les instruments… et tu es arrivé sur mon stand avec ton sourire, le regard lumineux, malicieux… Tu me dis : « Bonsoir, je suis archetier et j’aimerais voir tes rabots. »
J’ai été surpris, amusé, et j’ai bien ri car je ne m’y attendais pas, on était là pour vendre des instruments, tout de même ! En effet, j’avais emporté les rabots que je m’étais fabriqué, en laiton et palissandre dans le style anglais, et cela t’a beaucoup plu.
Non, mes rabots n’étaient pas à vendre et ça t’a fait rire : « Com’n, why ? ». Je t’ai expliqué que tu ferais mieux d’acheter des rabots Veritas qui étaient désormais sur le marché, ça te coûterait moins cher et ils fonctionnent à merveille pour les archets… Et tu l’as fait !
Cette rencontre a scellé une amitié qui m’a amené à te demander de m’apprendre l’archèterie baroque. Ta magie a opéré et j’étais sous le charme. En fait, tu étais une sorte de magicien, un ange qui relie les êtres…
Par la suite, tous mes voyages depuis la Bourgogne jusqu’à ton atelier-salon étaient l’occasion d’apprendre le métier et de t’apporter deux bouteilles de vin italien, car tu appréciais grandement ce breuvage qui me venait d’un ami restaurateur… le vin d’Alberto.
Moi qui ne bois pas, eh bien je me suis rattrapé avec toi, c’était juste pour t’accompagner, évidemment, et on a bien rigolé, surtout un soir, alors que j’arrivais à dix heures et demie… no worry, je sors deux verres et des olives : cette soirée fut vraiment chaleureuse.
Je n’ai jamais fait de vélo en ville, et surtout pas à Paris. Seulement, tu évites le métro, alors, si je veux te suivre, il faut que je m’y colle, à la selle. L’une des dernières escapades s’est déroulée en septembre 2024 pendant le festival Marin Marais. Je souhaitais écouter Alice Julien-Laferrière qui jouait Bach en duo, et je l’avais déjà écoutée à Cluny, en Bourgogne.
C’est parti pour traverser Paris, la météo prévoyait un peu de pluie en fin de soirée… tu parles ! Le concert était magnifique, on a bu un verre en face et…un peu de pluie qu’ils disaient !
Bon, on va patienter, partager une assiette de frites…C’est que ça ne s’arrête pas. Diantre, fichtre ! On y va alors, on rentre. Le ciel nous est tombé sur la tête et la capuche ne faisait qu’illusion. Je t’ai suivi, collé, serré, car je n’y voyais rien avec mes lunettes qui n’ont pas de balais d’essuie-glace.
On est arrivés vivants, trempés jusque dans le caleçon… Heureusement, la montée vers Belleville nous a réchauffés un peu… Dire que je ne roule jamais sous la pluie ! Baptisé pour le coup ! Allez, on boit un verre avec des olives et une salade « à la Craig ».
J’ai gardé toutes les cartes postales que tu m’as envoyées depuis presque vingt ans. Hier, je regardais les dernières qui sont contre le mur dans l’atelier. Sur une carte marrante (tu les affectionnais particulièrement) où l’on voit une ménagère âgée avec son tablier et un seau qui dit « Si c’était à recommencer, je ferais les mêmes bêtises…plus tôt ! », tu m’as écrit que tu ne savais pas trop si tu referais les mêmes…
En relisant cette carte, je me suis demandé quel était ce monde discret, ton monde intérieur que tu gardes pour toi afin de ne pas enquiquiner les amis.
Quel Ange vraiment.
Marianne Muller, violiste
Faire remécher son archet : mais où ? Et ce fut l’occasion, la chance de rencontrer Craig. Souriant, apparemment toujours paisible, très à l’écoute… Alors bien sûr, on revenait vers lui pour le prochain reméchage.
Apprendre à bien prononcer son prénom : « Non, non, pas Greg, mais Craig. Oui, voilà, comme ça ! »
Et – le temps passant… des décennies…. – mieux se connaître, puis bien, puis très bien se connaître. Découvrir son humour, loufoque souvent, absurde aussi et toujours élégant. S’apercevoir de la grande attention qu’il a pour les autres, discrète et profonde. Pour sa famille bien sûr, mais aussi pour tout le monde autour de lui. Remarquer aussi son goût pour les plantes, pour tout ce qui pousse comme ça peut, et bien d’ailleurs, chez lui. Son côté botaniste, qui connaît le nom de chacune d’entre elles.
Et puis un jour, curieuse depuis toujours du travail du bois et de la sorte de « magie » qui rayonne des bons archets, je lui ai demandé si je pouvais regarder du début jusqu’à la fin comment il fabriquait un archet. Et Craig me répond : « Eh bien ! il faut en faire un ! » Et moi : « Non, non… je voulais juuuste regarder… » Et Craig : « Si, si, il faut en faire un ! »
Et me voilà pendant une semaine « stagiaire débutante » à faire un archet qui est finalement à la fois joli à regarder et vraiment assez mauvais, évidemment. Un plaisir que de toucher à ces quelques notions fondamentales d’archèterie. Et quelle générosité de sa part d’avoir pris ce temps-là, de m’avoir expliqué avec simplicité, la logique des choses et aussi toutes leurs inconnues.
Une vraie leçon de philosophie en réalité, pourrait-on dire, et un magnifique cadeau, tout simplement.
Tout récemment, durant ce dernier trimestre 2025, lors d’une de mes premières visites, il me dit être très touché par les témoignages d’amitié, les soutiens et les aides qu’il reçoit. Et il en est surpris. Lui disant que cela ne m’étonne pas du tout car il est un type formidable et que je ne connais pèèèèèrsonne qui ne l’aime pas, il me répond en me regardant : « Mais…. je ne savais pas… » J’imagine que quelque part en lui, il le savait tout de même bien. Sûrement, sa belle éthique, son humanisme intrinsèque le lui chuchotaient.
Craig faisait partie – fait toujours partie, mais autrement – de mes quelques très proches meilleurs amis. Il avait une sorte d’élégance d’âme tellement touchante, impressionnante aussi. Son sourire et ses rires, sa présence bienveillante, sa dignité face à la dureté de la vie, sa grande modestie me le rendent précieux comme tout.
Chaque fois que je joue l’archet qu’il m’a fait, c’est son aspect fiable qui me vient en premier lieu comme sensation, tout en confiance. Voici encore une de ses si belles qualités.
Une grande chance que de l’avoir connu…. !
Marion Middenway, violiste, violoncelliste et archetière
Depuis presque quarante ans, Craig Ryder fabriquait des archets anciens à Paris.
Nourri par un esprit de recherche et d’exploration, son travail était soigné et sobre, tout en lignes gracieuses. D’un côté, il s’inspirait des mesures dans les musées et des copies fidèles d’archets anciens ; de l’autre, d’une expérimentation historiquement informée pour répondre aux interrogations et aux exigences des musiciens les plus variés. Une première formation comme facteur de luth lui avait apporté dès ses débuts cette fluidité et précision du geste qui se lit toujours sur les archets de tant de musiciens, fidèles clients, qui les jouent dans le monde entier.
Mais chez Craig, on n’était pas juste un client. Son accueil chaleureux faisait que nous sommes très nombreux à avoir eu le privilège d’un lien particulier avec lui. Même ceux qu’il connaissait moins bien repartaient de l’atelier avec l’impression d’avoir vécu une rencontre exceptionnelle. Grâce à son humour doux et poétique, son écoute attentionnée et discrète et sa générosité légendaire, le petit salon-atelier de la rue des Envierges était devenu un lieu de partage, d’échange et de rencontre qui va manquer cruellement à plus d’un : la table pousse ses rallonges, un repas succulent apparaît par enchantement et la compagnie est priée de prendre place, même si on est juste de passage pour une mèche ou une colophane. Les grands sujets fusent autant que les rires, les nouvelles amitiés se nouent…
N’oublions pas son côté pédagogue ; très nombreux sont les stagiaires avec lesquels il a partagé son savoir-faire d’artisan au fil des années. Que « l’élève » soit venu avec un projet sérieux de formation professionnelle, ou simplement mû par la curiosité d’une fois, sa porte était grande ouverte. Quand ses encouragements et ses conseils patients ont permis aux plus mordus d’entre nous d’en faire un métier, il était fier de proposer à ses clients nos archets à côté des siens.
Craig se passionnait non seulement pour l’objet archet mais aussi pour l’usage qu’on en fait. Il assistait très régulièrement aux concerts les plus divers ; violes et autres musiques baroques bien sûr, mais également jazz, tango, opéra, chanson ou grand orchestre. Les derniers enregistrements des musiciens de son cercle étaient suivis avec enthousiasme, il les achetait par paquets de cinq ou plus pour les donner et partager le plaisir.
Profondément intègre, toujours humble et modeste malgré sa grande maîtrise technique et la richesse de ses connaissances, Craig a toujours fui l’étiquette d’expert ou de gourou. Sa disponibilité et son dévouement à l’autre étaient hors du commun et il ne cherchait pas la lumière pour lui-même. Mais l’élégance de son travail et les précieux souvenirs de ceux qui l’ont connu témoigneront encore longtemps de son importance pour la lutherie ancienne, et resteront dans nos cœurs.
Atsushi Sakaï , violiste et violoncelliste
Grâce à Florence Bolton, j’ai rencontré Craig pour la première fois en 1998, à l’atelier de la rue Sedaine. Arrivant des États-Unis et ayant eu du mal à m’accommoder à la culture française, l’ambiance de leur atelier Ryder, presque anglophone, m’a tout de suite fait me sentir « à la maison », avec un accueil toujours joyeux et chaleureux. Très vite, je me retrouvais souvent à l’atelier, presque comme si je cherchais exprès des problèmes sur mes outils, simplement pour passer du temps là-bas et me ressourcer.
Je me souviens tout particulièrement d’une période où je passais une série de commandes d’archets à Craig pour une université à Tokyo. À cause de mon caractère compliqué et un peu névrosé, nous avons passé une semaine entière ensemble à régler chaque archet, soit en les rabotant, soit en les recambrant. Craig, doté d’un cœur plus simple et infiniment plus beau, m’a supporté avec une patience extrême durant tous ces jours, sans jamais se plaindre. C’était une véritable leçon de vie, donnée par l’une des plus belles personnes que j’aie connues.
Craig, tu m’avais promis de fabriquer un luth pour ma retraite…
Claire Berget, archetière
Craig est mort. Mais comment cela ? Je reste, nous restons, hébétés. Je ne saurais plus désormais dissocier le maître de l’ami, tant il incarnait les deux sans rupture. Lui qui remettait l’ouvrage sur le métier, sans la moindre lassitude, et avec curiosité – même au bout de quatre décennies – il m’a appris qu’être archetier ce n’est pas qu’un savoir-faire technique, mais aussi bien se laisser surprendre par le motif d’une planche d’amourette, le contour d’un archet dans l’ombre d’un tableau flamand, le frisson d’une suite à trois violes de Louis Couperin. Qu’on travaille aussi bien en silence, guettant les gestes l’un de l’autre, les établis contigus comme deux nefs amarrées au même quai. Puis, de conserve, décider qu’il est temps de mettre la cafetière sur le feu, de tirer la table près de la fenêtre, de saluer les mésanges qui acceptent de faire un peu de voltige contre la récompense d’une graine de tournesol. Et nous avons pleuré, discrètement, penchés sur nos rabots pendant qu’une amie violoncelliste éprouvait quelques archets en y mettant toute la tendresse de son cœur.
Par une quadrature du cercle dont il avait le secret, Craig est parvenu à être le maître le moins magistral qui soit. S’il n’était pas avare de conseils, il regardait avec amusement et confiance sereine les expérimentations de ses élèves, se disant, à juste titre, qu’on n’apprend jamais aussi bien qu’en trébuchant. Ainsi a-t-il formé non pas des clones de lui-même, mais nous a-t-il donné à chacun et chacune le moyen et la liberté de faire évoluer nos styles et nos goûts. La seule chose sur laquelle son intransigeance magistrale prévalait, finalement, c’était la sainte obligation d’aller pique-niquer au parc, aux premiers rayons de soleil printanier. Que ne donnerais-je pour aller, couchés sur la pelouse, écouter avec lui siffler les grives du parc de Belleville !
Florence Bolton, violiste
Craig était le parrain de notre deuxième fille Clémentine. On le voyait souvent au concert ou dans son atelier. Quand les filles venaient à Paris mais que nous avions une répétition ou un rendez-vous, il aimait les emmener au cinéma, au musée. Le rendez-vous incontournable chaque année était en décembre, pour l’anniversaire de Clémentine : Craig venait nous voir à Orléans pour passer l’après-midi à boire du thé et faire des jeux. Il arrivait toujours avant, sans doute le matin, mais sans nous dire vraiment à quel moment, et il profitait du marché de Noël installé sur deux places de la ville pour faire ses courses qu’il enfournait dans un grand sac. Ce sac, c’était un peu sa hotte de Père Noël, il en sortait tout un tas de cadeaux pour tout le monde : des chaussettes équitables en laine de je ne plus quelle bestiole, du nougat de la Drôme, un tee-shirt, et toujours un tas de livres sympas avec des histoires d’enfants désobéissants ou d’ours qui faisaient des bêtises.
Il n’est pas venu en ce mois de décembre dernier, trop fatigué, et c’était notre premier anniversaire en son absence. Désormais il faudra s’y faire. Craig n’est plus et il nous faudra réinventer une vie sans lui.
Judith Kraft, luthière
Comme c’est encore tout récent, j’imagine que je peux toujours appeler Craig pour voir s’il a des archets à montrer à un éventuel client, et qu’il viendrait, d’un coup de vélo, avec un carquois d’archets: les siens mais aussi ceux de ses collègues/anciens élèves. C’était une bulle: géographique, professionnelle, et amicale.
Un jour, l’acacia devant ma maison (située avenue des Acacias) a du être retiré. Les acacias en France sont de faux acacias, mais de vrais robiniers: un bois d’archet. Donc j’ai alerté Craig, qui est arrivé avec son fils Oliver, également archetier. Equipés d’une hache, des coins, et d’une masse, ils ont refendu un gros tronçon dans un temps record.
E., violiste
Une fois tapotés les quatre chiffres du digicode, passé le petit couloir, laissez-vous guider : suivez les fleurs, l’escalier en bois. Au troisième étage, effleurez la sonnette étiquetée « Monsieur Crêpe ».La porte s’ouvre, un tranquille sourire vous invite à entrer, vous êtes chez monsieur Crêpe et Rigaudon – Craig et sa marionnette.C’est un havre de paix ; un mini-pot suspendu à la fenêtre se balance, et hop ! une mésange y prélève une graine. Un goûter vient d’être déposé sur la table : brioche feuilletée, infusion au gingembre, chocolat, tasses artisanales et dépareillées. Vous vous retournez et Craig sourit. Vous avez envie de rester longtemps. Désormais Rigaudon a perdu sa voix.
Many thanks, Dear Craig.
Benoît Cordonnier, luthier
J’ai rencontré Craig il y a un peu plus de trente ans. J’étais déjà luthier, il était déjà archetier. Il était donc naturel que nos chemins se croisent. Pourtant, il me semble que Craig a placé d’emblée cette rencontre sur le plan humain, plus que professionnel. Aussi, les quelques souvenirs que j’aimerais évoquer seront fidèles à cette amitié. Devant l’impossibilité de retenir l’ensemble de ses qualités, je n’en citerai que quelques-unes, trop peu assurément.
Sans aucun doute, Craig, plus que dans le discours, se plaisait dans l’action. Plus que dans le dire, il se plaisait dans le faire. Bien sûr comme artisan, mais pas uniquement. Je me souviens bien de son plaisir à arroser les plantes, à cuisiner ou à venir prêter la main à un déménagement. Sur les quelques photos de lui que j’ai conservées, il a un pinceau à la main, se tient près d’une échelle, ou bien encore regonfle un vélo.
En tant qu’archetier, Craig était à l’écoute de la sonorité des essences de bois. Mélomane passionné de musique baroque, mais aussi des sonates pour piano de Beethoven, il ne cessait d’exercer son oreille, d’être à l’écoute. Je le revois ces dernières semaines, attentif au chant des deux mésanges qu’il avait habilement su convier à sa fenêtre, par la patience et le choix des graines appropriées. De même, dans une petite réunion entre amis qu’il savait si bien organiser, on le trouvait le plus souvent dans une position d’écoute, gardant ses opinions un peu en retrait. Toujours curieux de la découverte des autres. Je me souviens aussi de tant de repas partagés chez nous avec certains amis qu’il voyait pour la première fois, et je restais étonné de ses qualités spontanées d’écoute et de dialogue. Toujours dans la simplicité. Si la vie pouvait couler sereinement comme un ruisseau suivant son cours, alors c’était bien ! Ses convictions, ses révoltes, il les tenait dans une sorte de pénombre, comme à l’abri dans un sous-bois.
Je l’ai toujours connu accueillant. Comme archetier, il a développé un goût et même une passion pour la transmission de ses savoirs et de ses tours de main. Tant de musiciens désireux de s’essayer à l’archèterie, tant d’archetiers confirmés qu’il a formés, peuvent en témoigner. Son espace de vie était, je crois, un choix bien réfléchi de simplicité et de sobriété. Chez lui, pour un apéritif comme pour un repas, nous n’étions jamais à plus de trois mètres de son établi ; aussi venait toujours le moment de s’en approcher pour découvrir ses travaux en cours ou ses dernières créations, archets de violon ou de viole. Avec toujours le plaisir de glaner quelques explications, à condition de les solliciter. Avant l’été dernier, j’ai pu faire l’acquisition de ses archets de violon. J’imaginais aussi lui demander plus tard de me fabriquer un archet de basse de viole pour renouer avec ma très modeste pratique d’amateur d’autrefois, à l’époque où je construisais des violes. Je me console aujourd’hui à l’idée que le moment venu, je me tournerai vers une archetière ou un archetier qu’il a formés et à qui il a transmis son précieux savoir-faire et son expérience.
J’appréciais ses conseils d’auditeur qui m’ont permis de découvrir de nombreux interprètes de toutes générations au disque et au concert. Il ne se laissait jamais aller à la critique acerbe ou à la comparaison stérile. Son plaisir était de partager tout ce qu’il avait apprécié, ses compliments nombreux soulignaient les musiques qui l’avaient ému. Lui qui venait d’un pays lointain, qui avait entendu depuis près de cinquante ans les apports musicaux spécifiques des Anglais, des Néerlandais et des Belges, des Italiens et des Français, était convaincu qu’aujourd’hui notre pays était très privilégié dans ce paysage européen et vivait un âge d’or. Parisien d’adoption, c’est avec beaucoup de lucidité et d’enthousiasme, quant à l’effervescence musicale qui nous entoure, qu’il parlait de the right place to be !
Jonathan Dunford, violiste
Nous avons rencontré Craig dans l’atelier de Claire Ryder, notre luthière par excellence, ainsi que Pascal Rüegger qui avait pris des cours avec moi à un moment donné. Craig était, comme tout le monde le savait, quelqu’un d’extrêmement agréable à vivre, avec ce charme et ce grand accent sud-africain en anglais toujours présents. Son atelier étant proche de chez nous, nous le fréquentions régulièrement, non seulement pour ses services d’archetier, mais aussi pour partager des repas et des moments conviviaux.
Une première anecdote illustre parfaitement son caractère unique. À une époque où il vivait à Saint-Ouen, dans un quartier un peu délabré, il nous avait invités pour le dîner. À notre arrivée, il nous accueille… par la fenêtre ! La porte ne fonctionnait pas, et il nous a fait passer la clé dans un seau depuis sa fenêtre. Ce moment, à la fois surprenant et hilarant, résume bien son sens de l’humour et sa créativité.
La deuxième anecdote concerne un archet qu’il m’a fabriqué il y a une quinzaine d’années. Je lui avais demandé de créer un archet « hausse coincée » qu’il n’avait pas l’habitude de réaliser. Le résultat fut bluffant : l’archet reproduisait avec une précision incroyable celui d’un tableau du Rijksmuseum où un enfant joue de la viole. C’était si réaliste que j’avais l’impression qu’il avait fait apparaître le tableau dans la réalité (voir la photo avec l’archet et le tableau).
Craig était également très présent dans notre quotidien musical. Chaque fois que je faisais un rodage de concert, que ce soit chez quelqu’un ou ailleurs, Craig semblait toujours au courant et venait y assister, comme pour partager chaque étape de notre travail.
Une autre illustration de sa générosité remonte à quelques années : il est venu chez nous partager une soirée pizza avec son fils Oliver, et l’un de mes élèves qui venait d’acheter un archet. Craig a pris le temps de montrer à mon élève trois archets — les siens, ceux de Marion Middenway et ceux de son fils — sans aucune préférence, permettant à mon élève de choisir celui qui lui convenait le mieux pour débuter.
Ces souvenirs témoignent de la chaleur, de la générosité et du talent exceptionnel de Craig, toujours indissociables de son humanité et de sa passion pour la musique, et qui ont marqué profondément.
Pascal Rüegger , luthier
Craig, le meilleur ami imaginable, l’ami rêvé !
Un grand merci à Roger Rose, mon professeur de lutherie, de m’avoir mis en contact avec Claire et Craig, il y a trente-cinq ans.
Je n’imaginais pas alors que cela allait être le début d’une grande amitié. Accueilli tout naturellement chez eux le temps de trouver un logement, j’ai partagé leur quotidien pendant trois mois. moments pendant lesquels j’ai pu découvrir Craig dans son rôle de père, aimant et attentif, jouant et chahutant avec ses enfants toujours en gardant le contrôle ! Il avait en lui cette autorité naturelle que j’admirais beaucoup.
Avec beaucoup de goût, il était le roi de l’agencement et de l’optimisation des espaces. A l’atelier, aucune place n’était perdue, même le plafond servait au rangement du bois pour ses futurs archets.
Ayant été salarié pendant deux ans par la « lutherie et archèterie Ryder », j’aimais taquiner Craig en l’appelant « patron », ce qui lui faisait lever les yeux au ciel ! Par la suite, lorsque je me suis mis à mon compte, l’entente était telle qu’ils m’ont proposé de partager l’atelier. Calme et rassurant, c’était très agréable de pouvoir compter sur Craig à mes débuts.
Par la suite, lorsque Craig a travaillé chez lui, nous continuions à nous voir régulièrement. Toutes les occasions étaient bonnes : apéros improvisés, dîners, concerts, Craig aimait avant tout le partage et n’était pas le dernier à faire la fête. Il aimait Paris et tout ce que la ville lui proposait du point de vue culturel. Amoureux de la nature et des plantes, notre jardin nous le rappelle. Souvent, lorsqu’il venait manger à la maison, il nous apportait un arbuste à planter.
Artisan hors pair, mélomane, il admirait beaucoup les musiciens qui le lui rendaient bien. La plupart étaient devenus plus que des clients qu’il ne manquait pas d’aller écouter, et par la même occasion de nous en parler. J’ai eu la chance de découvrir de merveilleux concerts grâce à lui.
Écolo, végétarien, cycliste parisien, il était grand précurseur de tout ce que nous connaissons aujourd’hui. Toujours partant pour une virée à vélo entre amis, il venait chapeau de paille et tongs aux pieds, ce qui ne manquait pas de panache et n’entravait en rien un sacré coup de pédale !
Pendant toutes ces années, nous avons développé une grande connivence. Pudique sur sa vie privée et pas toujours très bavard (moi non plus d’ailleurs), nous n’avions pas nécessairement besoin de mots pour nous comprendre. Toujours présent quand on avait besoin de lui, il était un véritable ami.
Né en Afrique du Sud sous le régime de l’apartheid, Craig détestait la bêtise humaine. Pacifiste, généreux et tolérant, Il a apporté son petit grain de sable pour rendre le monde meilleur.
Aujourd’hui, il nous a quittés, bien trop tôt, après s’être battu contre le cancer sans jamais se plaindre, comme à son habitude. Il aura tellement donné à tous ses amis et sa famille, qu’il sera toujours présent parmi nous.
Merci à toi, Craig, pour toutes ces merveilleuses années que j’ai passées à te côtoyer.
P.S. Pardonne-moi pour tous ces éloges, toi qui étais si modeste, mais j’ai beau chercher, je ne trouve rien de négatif à dire à ton égard !
Constance Larrieu, musicienne et comédienne
Lorsque l’on pense à Craig, on ne peut dissocier le formidable archetier de la personne si sensible, humble et généreuse qu’il était.
Chez lui se côtoyaient des disques offerts par ses fidèles clients et amis qu’il écoutait quotidiennement, le dernier numéro de Télérama sorti, des plantes, des graines pour les oiseaux et une pile de bouquins toujours renouvelée empruntée à la médiathèque, des douceurs sucrées et salées pour accueillir les visiteurs en toutes circonstances, ou encore des peluches et des jouets prêts à divertir même les plus petites oreilles accompagnant leurs parents.
Sa silhouette élancée très élégante et la douceur de sa voix imposaient le respect et l’admiration.
Il était curieux de tout et sortait plusieurs fois par semaine tant au théâtre qu’au cinéma, aux expos ou aux concerts, faisait preuve d’une très grande ouverture d’esprit, acceptant d’aller voir des spectacles absurdes ou fous et de se laisser surprendre ou déplacer, tout comme il savait oser s’adonner à de nouvelles tentatives avec ses archets, sans pensées limitantes et sans dogmatisme.
C’était un homme plein de talent, d’humour et de fantaisie sous un abord timide et discret, arborant un grand sourire, parfois même un pull troué ou des chaussettes dépareillées, et dégainant sa cafetière et son infusion au gingembre aussi vite que son rabot !
Il transmettait son savoir avec passion et l’air de rien – parfois sans même parler- à de multiples stagiaires qui le sollicitaient, et il avait développé un concept de pique-nique improvisé au bord de sa fenêtre.
Il étonnait par sa capacité à devenir intime avec des gens de tous horizons, même avec les patrons bobos du café instagrammable qui avait ouvert en bas de chez lui, tout naturellement parce que leur café était délicieux et malgré leur côté « hype et branché » aux antipodes de ses habitudes de vie plutôt très « épurées ».
Les portes de son atelier étaient toujours ouvertes comme sa table et son sens de l’hospitalité et de la convivialité qui faisaient de son adresse un immanquable du quartier Jourdain, Craig était réellement une personne immanquable. Et il nous manque énormément…

